Le dimanche 28 juillet 2019 à 14h00

Claude Marthaler – 7 ans à vélo autour du monde

 

La planète est si belle et fragile dans l´œil d´un vélo, la mémoire si poreuse, l´appareil photo et la langue si imparfaits, que je tremble à l´idée de trahir le monde dans sa diversité et son essence même.

Les quelques 600 images de mon diaporama révèlent donc avant tout mes émotions d´une longue errance à travers l´Europe, l´Asie, les Amériques et l´Afrique.

Mais au retour, que reste-t-il d´un tel voyage ? Des amitiés et des amours, des fragments de route en forme d´ histoires à dormir debout, à pédaler comme un fou, des histoires humaines, tristes ou drôles, singulières. D´un hiver au froid mordant du Kirghizistan aux cols à plus de 5000 m. du Tibet, du désert du Taklamakan à l´Altiplano bolivien, de la forêt équatoriale du Congo aux chaînes de l´Atlas du Maroc, les paysages et les rencontres ont perdu toute chronologie pour former un kaléidoscope, comme dans un rêve.

Ce sont ces instants indescriptibles qui, au bout d´une longue route, valent l´éternité, ce hasard auquel je ne peux plus croire, cette énergie que j´ai tiré parfois dont je ne sais même pas où, cette ligne magique que j´entends encore résonner sur le visage de la terre, comme un microsillon géopoétique…. C´est à ce voyage-là que j´aimerais vous inviter, car comme disent les Indiens : “Ce qui n´est pas donné est perdu.”

Il n’ y a pas de chemin, le chemin se fait en pédalant. Si l’on ne part jamais de rien , mais toujours de chez soi, c’est également là où  l’on arrive, pour autant que l’on en revienne, physiquement ou mentalement. Après tout, les gens heureux n’ont-ils pas plein d’histoires ?

A 44 ans, j’ai vécu un quart de ma vie à parcourir le monde à bicyclette, existé en nomade de luxe, improvisant mon chemin  sans autre carburant que ma sueur et moteur que ma curiosité.  Au terme d’un exil volontaire, d’un cycle de  7 ans, il me restait à extraire le levain  de mon trésor, à  coucher  mes émotions en mots, en images pour distiller l’âpreté comme la joie empruntées aux poussières de la route.  Je me  retrouve tout soudain plus esseulé  que jamais,étrangement immobile fragile et trapé entre  quatre murs en dur , presque absent et étranger à moi-même. Le voyage n’a-t’il été qu’un songe ?

A défaut d’avoir trouvé une place (au voyageur, l’enfer est souvent l’endroit), je poursuis mon petit bonhomme de chemin, creusant  mon sillon à l’image d’un vélo qui contient le plus beau des anagramme love, l’amour.

Jamais au cours de ma vie, je n’ai été aussi fidèle à moi-même que pendant  ce voyage. Aujourd’hui, j’ai l’immense  privilège de vivre entièrement de ma passion, l’honneur de dire à la façon d’un conteur, l’insoutenable légèreté d’une bicyclette, de métaphoriser le monde, de mettre à vie ses odeurs étonnantes. Je repense toujours à cette enfance qui si  j’osais la quitter me reviendrait à chaque crissement de pneu comme le ressac de la mer. Lorsque mon guidon  aligne mon âme sur mes deux roues et, en écriture automatique, ne se prive jamais de vivre un Kama-Sutra planétaire. Enfant, je voulais  être clown ; la bicyclette, elle, m’a transformé en cyclonaute. Enfant, on me disait toujours : « Arrêtes de raconter des histoires ! ». Pourtant, depuis que je suis rentré , je ne fais que raconter des histoires. Merci la vie !

 

LIENS UTILES

                                                                                                                                       

 

 

52 minutes Salle des fêtes